« Les DRH autorisent les salariés à venir sur site de façon exceptionnelle » (Audrey Richard, ANDRH)

News Tank RH - Paris - Interview n°198706 - Publié le 06/11/2020 à 18:49
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Audrey Richard - ©  D.R.

« Dans le contexte sanitaire actuel, les DRH nous font remonter qu’ils appliquent en majorité les recommandations. Mais comme l’effet du confinement de mars 2020,  a pu créer sur certaines personnes des difficultés personnelles liées à l’isolement, au manque d’autonomie d’où l’absence de pauses, la sédentarité, une mauvaise hygiène alimentaire, ils les autorisent à venir sur site de façon exceptionnelle », déclare Audrey Richard présidente de l’ANDRH, lors d’un entretien à News Tank, le 06/11/2020.

« Dans certains secteurs et certaines zones géographiques moins peuplées, avec moins de problématiques de transports, avec la possibilité de déjeuner à domicile, et avec peu d’effectifs dans les bureaux, les chefs d’entreprises ne jouent pas totalement le jeu et recommandent de venir travailler sur site. Mais la globalité des DRH respectent les mesures gouvernementales et sont soucieux du respect du protocole : ils sont responsables de la santé et de la sécurité de leurs salariés. »

« Lors de cette crise, les DRH ont montré à la fois qu’ils savent gérer, mettre en application et prendre soin des collaborateurs tout en se préoccupant de l’activité business. Et nous avons élargi notre champ d’action en traitant différents sujets. Avant, nous travaillions principalement sur l’organisation du travail et là, nous avons pris en main les sujets autour de la santé et la sécurité, du bien-être, du sommeil, de la qualité nutritive… »


Audrey Richard présidente de l’ANDRH, répond à News Tank

Comment les DRH ont-ils vécu le reconfinement ?

Toute la profession avait déjà bien avancé en termes de modernisation, digitalisation, dotation d’ordinateurs, mise en œuvre d’outils collaboratifs avec le confinement de mars 2020. Les DRH ont fait un saut technologique lors de ce contexte sanitaire en gagnant deux ans. Lors du déconfinement, le télétravail s’est poursuivi. Les DRH s’attendaient à ce reconfinement et ils avaient commencé à se préparer en complétant les dotations des ordinateurs, par exemple.

Avant le reconfinement, l’ANDRH s'était positionnée pour maintenir du présentiel en cas de télétravail. Quelle est votre position suite aux annonces d’Elisabeth Borne, qui prône le télétravail obligatoire ?

Nous n’avons pas changé de position. À la fin du couvre-feu, nous avons réinterrogé nos adhérents et la recommandation des DRH est de dire : le télétravail hybride est intéressant car il répond aux attentes des salariés en termes d’aménagement du temps de travail et de QVT qualité de vie au travail . Mais ils recommandent deux jours de travail à domicile et trois jours en entreprise. Nous avons constaté que lorsque les salariés télétravaillent plus de trois jours par semaine, dans un contexte normal et pas de confinement, ils peuvent être confrontés à un certain nombre de risques dont celui de décrochage par rapport à l’engagement au sein de l’entreprise.

Venir sur site de façon exceptionnelle »

Dans le contexte sanitaire actuel, les DRH nous font remonter qu’ils appliquent en majorité les recommandations. Mais comme l’effet du confinement de mars 2020,  a pu créer sur certaines personnes des difficultés personnelles liées à l’isolement, au manque d’autonomie d’où l’absence de pauses, la sédentarité, une mauvaise hygiène alimentaire, ils les autorisent à venir sur site de façon exceptionnelle. Nous laissons une porte ouverte aux collaborateurs qui éprouvent des difficultés à travailler depuis leur domicile.

Comment expliquez-vous que dans certaines entreprises comme Total ou dans des banques, le télétravail ne soit pas appliqué malgré les recommandations gouvernementales ?

Télétravail : moins rigide que lors du premier confinement »

Nous les avons entendus ces exemples-là. Notre rôle est de donner la réalité du terrain au sens global car nous sommes présents à travers toute la France. Nous avons réalisé un focus sur le sujet, notamment auprès des PME et je vous confirme que globalement le télétravail est appliqué même si c’est moins rigide que lors du premier confinement où tout le monde était à la maison.

Dans certains secteurs et certaines zones géographiques moins peuplées, avec moins de problématiques de transports, avec la possibilité de déjeuner à domicile, et avec peu d’effectifs dans les bureaux, les chefs d’entreprises ne jouent pas totalement le jeu et recommandent de venir travailler sur site. Mais la globalité des DRH respectent les mesures gouvernementales et sont soucieux du respect du protocole : ils sont responsables de la santé et de la sécurité de leurs salariés.

Ne pas rendre le télétravail obligatoire ne laisse-t-il pas la porte ouverte à des conflits sociaux ?

Nous ne l’avons pas constaté et en tant que DRH, nous préférons cette souplesse car cela nous autorise à faire revenir certaines personnes fragiles ou qui préfèrent travailler au bureau.

Vous avez rencontré la ministre du Travail le 03/11/2020 avec d’autres DRH de votre association. Quelles remontées lui avez-vous faites sur le télétravail ?

Nous lui avons dit que nous appliquions les consignes avec des possibilités d’aménagements pour certains collaborateurs car nous avons de bonnes raisons de le faire. Nous prenons la responsabilité de DRH de faire revenir certains salariés pour les raisons que je vous ai déjà signalées. Ensuite, en tant que DRH nous devons gérer le collectif soit deux à trois populations différentes de salariés en ce moment :

  • en télétravail ;
  • sur site ;
  • en activité partielle.

Quelles sont les autres remontées des DRH ?

Nous avons réalisé une enquête auprès de nos adhérents en septembre 2020 et elle révèle que 73 % d’entre eux ne sont pas concernés par une restructuration avec une diminution des effectifs. Nous étions surpris de ce résultat car si l’on écoute les médias, nous avons l’impression que les plans sociaux se multiplient. Et en questionnant les DRH, ils nous disent qu’ils utilisent l'APLD Activité partielle de longue durée , l’APC Accord de performance collective mais qu’ils ne sont pas concernés par une restructuration avec réduction d’effectifs et n’entrent pas dans un PSE Plan de sauvegarde de l’emploi . Nous les accompagnons d’ailleurs dans la mise en place de ces dispositifs avec des kits d’explication, des mémos, des infographies réalisés par l’équipe de l’ANDRH , ceci pour faciliter leur quotidien.

Est-il vrai que cette crise a révélé la fonction RH ?

Nous positionner en première ligne  »

En effet, la fonction RH était soit peu connue, soit connotée négativement, alors que dans la réalité nous œuvrons pour que le salarié se retrouve dans les meilleures conditions. à son poste de travail. Cette crise a permis de nous positionner en première ligne avec nos présidents et directeurs car les cellules de crises ont été organisé par les DRH. Nous avons montré à la fois que nous savons gérer, mettre en application et prendre soin des collaborateurs tout en nous préoccupant de l’activité business. Et nous avons élargi notre champ d’action en traitant différents sujets. Avant, nous travaillions principalement sur l’organisation du travail et là, nous avons pris en main les sujets autour de la santé et la sécurité, du bien-être, du sommeil, de la qualité nutritive…

Comment voyez-vous l’après-crise pour la fonction RH ?

Ces thématiques élargies à la fonction ne se réduiront pas. Et puis, nos sujets portent sur les points suivants :

  • une nouvelle organisation du travail à trouver ;
  • les lieux de travail à inventer ou réinventer ;
  • le dialogue social qui s’est transformé pendant la crise et qui a bien fonctionné avec la signature d’accords. Reprendre un dialogue social avec des contraintes et un temps long me semble difficile. Nous avons montré que nous pouvions tous être plus agiles et rapides.
  • le développement de compétences avec le grand saut en termes de formations digitales. Nous ne pourrons pas revenir en arrière. Nous ne conseillons pas une formation 100 % digitale mais cela permet de former plus facilement et différemment.

Audrey Richard


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