Exonération de cotisations des apprentis : « Nous sommes très inquiets » (Baptiste Martin, Anaf)
« Nous espérons que la suppression de l’exonération de cotisations sociales sur le salaire des apprentis ne figure pas dans le prochain budget. Si elle était adoptée telle quelle, elle entraînerait une perte de pouvoir d’achat et de revenus directement pour les apprentis. Or il n’est pas question aujourd’hui de revaloriser leurs salaires ni de modifier leur grille de rémunération », déclare Baptiste Martin
Conseiller Ceser @ Ceser Auvergne-Rhône-Alpes • Formateur @ CFI Formation • Associé @ Lyseis Partner • Membre du conseil d’administration @ Le SIRA - Service Interdépartemental pour la Réussite des…
, président de l’Anaf
• Association à but non lucratif reconnue d’intérêt général et agréée de jeunesse et d’éducation populaire• Création : 2010• L’association siège notamment au Conseil d’orientation des politiques de…
, auprès de News Tank le 25/09/2026.
Il fait référence à une information confidentielle publiée par News Tank le 15/09/2026, selon laquelle Bercy réfléchit à réduire l’exonération d’impôt sur le revenu dont bénéficient les apprentis rattachés au foyer fiscal de leurs parents.
« Cette inquiétude est d’autant plus forte dans un contexte d’inflation et de hausse des dépenses du quotidien. Pour certains jeunes, l’alternance correspond au moment où ils prennent leur indépendance grâce à une première rémunération. Mais un apprenti a aussi des dépenses spécifiques : déplacements entre le CFA
Centre de formation d’apprentis
et l’entreprise, parfois deux logements… À cela peut s’ajouter le coût du permis de conduire, alors même que l’aide de 500 € a été supprimée. »
« Peu importe finalement qu’il y ait 800 000, 1,5 million ou 2 millions d’apprentis : l’enjeu est que chaque jeune puisse intégrer l’apprentissage dans de bonnes conditions, sans être mis en difficulté. Cela suppose notamment qu’il soit réellement accompagné en entreprise et que la formation dispensée en CFA soit au rendez-vous. Faire du quantitatif pour se réjouir uniquement des chiffres ne peut pas fonctionner à long terme. Il faut désormais remettre la qualité au cœur de l’apprentissage. »
Concernant le projet de loi relatif à la régulation de l’enseignement supérieur privé, il déclare : « Nous avions été auditionnés il y a quelques mois par le rapporteur Stéphane Piednoir, à qui nous avions fait part de ce qui nous semblait manquer dans ce projet de loi. Sur la question des frais de réservation, notamment, nous trouvions dommage de ne traiter que ces frais alors que d’autres frais sont également facturés aux apprentis ou futurs apprentis. »
Le ministre du Travail a obtenu des arbitrages favorables du Premier ministre sur l’apprentissage : êtes-vous satisfait de cette annonce ?
C’était plutôt une annonce positive de notre point de vue, car elle permet de donner davantage de visibilité aux employeurs sur leurs possibilités de recrutement. Le maintien du financement des centres de formation est également une bonne nouvelle, puisqu’il leur donne de la visibilité sur leur modèle économique pour l’année scolaire 2026-2027.
En revanche, nous sommes dans une relation tripartite entre entreprises, centres de formation et apprentis. Or les annonces portent uniquement sur les entreprises et les CFA, sans sanctuarisation des aides ou des exonérations dont bénéficient les apprentis. C’est ce qui nous inquiète.
La pérennisation de l’aide à l’embauche et du financement des CFA a de nouveau été évoquée par le Premier ministre dans sa lettre aux entreprises, mais aucune mesure ne vient à ce stade sécuriser la situation des apprentis.
Les apprentis sont-ils suffisamment accompagnés par les employeurs et les CFA ?
La réforme de 2018, puis l’objectif fixé par le président de la République d’atteindre 1 million d’apprentis, ont installé une certaine vision de la réussite de l’apprentissage. D’un point de vue quantitatif, elle est peut-être au rendez-vous, mais pas nécessairement d’un point de vue qualitatif.
Ce que nous souhaitons, c’est sortir d’une approche uniquement quantitativeCes dernières années, certaines pratiques en entreprise comme dans les centres de formation n’ont pas toujours été suffisamment sécurisantes, voire parfois conformes au cadre légal. Ce que nous souhaitons aujourd’hui, c’est sortir d’une approche uniquement quantitative, centrée sur le nombre de contrats, pour nous assurer que les parcours se déroulent dans des conditions acceptables et dignes.
Peu importe finalement qu’il y ait 800 000, 1,5 million ou 2 millions d’apprentis : l’enjeu est que chaque jeune puisse intégrer l’apprentissage dans de bonnes conditions, sans être mis en difficulté. Cela suppose notamment qu’il soit réellement accompagné en entreprise et que la formation dispensée en CFA soit au rendez-vous.
Faire du quantitatif pour se réjouir uniquement des chiffres ne peut pas fonctionner à long terme. Il faut désormais remettre la qualité au cœur de l’apprentissage.
Le statut de l’apprenti peut-il être menacé par des mesures d’économies budgétaires ?
Nous espérons que la suppression de l’exonération de cotisations sociales sur le salaire des apprentis ne figure pas dans le prochain budget. Si elle était adoptée telle quelle, elle entraînerait une perte de pouvoir d’achat et de revenus directement pour les apprentis. Or il n’est pas question aujourd’hui de revaloriser leurs salaires ni de modifier leur grille de rémunération.
Cette inquiétude est d’autant plus forte dans un contexte d’inflation et de hausse des dépenses du quotidien. Pour certains jeunes, l’alternance correspond au moment où ils prennent leur indépendance grâce à une première rémunération. Mais un apprenti a aussi des dépenses spécifiques : déplacements entre le CFA et l’entreprise, parfois deux logements… À cela peut s’ajouter le coût du permis de conduire, alors même que l’aide de 500 € a été supprimée.
Nous sommes donc très inquiets, car rien ne nous garantit que cette mesure ne figurera pas dans le budget.
Il faut désormais sanctuariser les financementsPlus généralement, nous souhaitons que le financement de l’apprentissage se stabilise, après deux années marquées par des suppressions d’aides et des baisses de niveaux de prise en charge. Il faut désormais sanctuariser ces financements et dégager, en parallèle, des moyens supplémentaires pour garantir une meilleure qualité des formations et des parcours.
Certains jeunes peinent à trouver une alternance. À quels niveaux de formation et dans quelles filières en particulier ?
C’est encore trop tôt pour avoir une analyse précise au niveau national. On constate toutefois que les mesures instaurées précédemment ont surtout concerné l’enseignement supérieur. Les jeunes en bac + 3 et bac + 5 rencontrent donc davantage de difficultés à trouver un contrat, notamment parce que leur coût pour l’employeur est plus élevé, ce qui limite le nombre d’offres.
Du côté des filières, les formations professionnelles liées à l’artisanat, à l’industrie ou au bâtiment continuent de proposer des offres, même si elles peuvent connaître une légère baisse selon le contexte économique. Les arbitrages sont davantage visibles dans les métiers du tertiaire et des services aux entreprises, où les offres sont moins nombreuses alors que la demande des jeunes reste importante.
Concernant le projet de loi relatif à la régulation de l’enseignement supérieur privé : qu’en attendez-vous ?
Nous avions été auditionnés il y a quelques mois par le rapporteur Stéphane Piednoir, à qui nous avions fait part de ce qui nous semblait manquer dans ce projet de loi. Sur la question des frais de réservation, notamment, nous trouvions dommage de ne traiter que ces frais alors que d’autres frais sont également facturés aux apprentis ou futurs apprentis.
Le Code du travail, réaffirmé par la loi de 2018, pose pourtant le principe de la gratuité de la formation pour l’apprenti ou son responsable légal. Dans les faits, certains jeunes doivent payer des frais d’inscription, de dossier, administratifs ou annexes. Quelques euros peuvent être acceptables, mais lorsque les sommes dépassent une centaine d’euros, voire davantage, cela peut mettre les jeunes en difficulté et remettre en cause l’égalité d’accès à ces formations.
De notre point de vue, il reste insuffisantLe projet de loi constitue malgré tout une première brique, qui pourra peut-être permettre à d’autres textes de venir encadrer plus largement ces pratiques. Mais, de notre point de vue, il reste insuffisant.
Il y a également la question des contrôles et de Qualiopi certification qualité des prestataires de formation , dont la V10 doit entrer en vigueur au 01/11/2026. Elle apporte davantage d’éléments liés à la qualité, mais reste avant tout un outil de mise en conformité et d’analyse des procédures des centres de formation. Elle ne répond pas encore pleinement à ce que nous entendons par qualité de la formation et qualité des parcours.
C’est frustrant de voir que des avancées existent, mais qu’elles progressent très lentement. Ce projet de loi n’étant pas encore voté, d’autres évolutions peuvent toutefois intervenir.
L’insertion des apprentis reste-t-elle toujours aussi bonne ?
Les moyennes globales masquent de fortes disparités selon les filièresLe taux d’insertion reste globalement plus élevé pour les jeunes ayant suivi une formation en apprentissage que pour ceux ayant suivi une voie classique. Mais cet écart tend à se réduire à mesure que le niveau de formation augmente : au niveau master, par exemple, les différences sont beaucoup moins marquées.
Ces moyennes globales masquent toutefois de fortes disparités selon les filières. Dans certaines formations, l’apprentissage peut entraîner des écarts d’insertion importants. C’est pourquoi la question de la qualité est essentielle : au-delà des chiffres, il faut regarder si les jeunes sortent de leur formation avec les compétences, le savoir-faire et le savoir-être nécessaires pour s’insérer durablement dans l’entreprise.
Baptiste Martin
Conseiller Ceser @ Ceser Auvergne-Rhône-Alpes
Formateur @ CFI Formation
Associé @ Lyseis Partner
Membre du conseil d’administration @ Le SIRA - Service Interdépartemental pour la Réussite des Alternants
Président @ Association des apprentis de France (Anaf)
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Établissement & diplôme
MBA Management des organisations , Administration et gestion des affaires, général
Licence professionnelle Médiateur socio-économique, Intervention sociale
Fiche n° 53586, créée le 03/03/2025 à 17:17 - MàJ le 25/09/2026 à 10:10
Association des apprentis de France (Anaf)
• Association à but non lucratif reconnue d’intérêt général et agréée de jeunesse et d’éducation populaire
• Création : 2010
• L’association siège notamment au Conseil d’orientation des politiques de Jeunesse et au sein de quatre Ceser
• Missions :
- Faciliter l’orientation des jeunes via la découverte des métiers de demain, des parcours et des secteurs d’activités
- Assurer une mission d’animation auprès des jeunes et d’accompagnement des (futurs) apprentis
- Représenter les apprentis/alternants sur la scène publique
• Président : Baptiste Martin
• Tél. : 06 67 67 88 22
Catégorie : Associations / Fondations
Adresse du siège
70 rue Domer69007 Lyon France
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Fiche n° 6303, créée le 23/01/2018 à 09:53 - MàJ le 21/10/2026 à 11:34
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