Intérim : « Le marché montre des signes de stabilisation » (Christophe Catoir, Adecco)

News Tank RH - Paris - Interview n°432542 - Publié le
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©  Caroline Bazin
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« En France, le marché de l’intérim montre des signes de stabilisation après plusieurs années de recul. Notre priorité est d’anticiper un éventuel rebond tout en continuant à investir, malgré les incertitudes économiques et politiques. Nous concentrons nos efforts sur la formation, l’automatisation des tâches à faible valeur ajoutée et le développement de compétences dans des secteurs stratégiques comme l’aéronautique, le nucléaire, l’énergie et la construction », déclare Christophe Catoir Président Monde @ Marque Adecco
, président monde de la marque Adecco • Réseau d’agences d’emploi en France, marque de The Adecco Group• Création : 1996 (fusion de Adia et Ecco)• Missions : comprendre les contextes économiques, sectoriels et réglementaires pour… , à News Tank le 03/03/2026.

« Au niveau mondial, notre ambition est de proposer l’ensemble des solutions de flexibilité responsables et d’accompagner la transformation des compétences face aux évolutions technologiques. La technologie ne supprime pas l’emploi ; elle transforme les métiers. Notre responsabilité est de préparer les candidats à ces transformations. »


Pourquoi la France est-elle le premier marché d’Adecco, notamment sur l’intérim ?

Il y a deux raisons principales. La première est historique : Adecco est né en Europe du Sud et s’est d’abord développée en France, en Italie, en Espagne et en Suisse. Cela explique la densité de notre réseau : plus de 1 000 agences en France sur environ 3 800 dans le monde.

La seconde raison tient au cadre du marché du travail. Historiquement, le droit du travail français est plus encadré que dans d’autres pays, ce qui a favorisé le développement d’une flexibilité responsable via l’intérim, très réglementée mais adaptée aux besoins des entreprises.

Par ailleurs, la France a très tôt développé des dispositifs d’insertion par l’activité économique et de formation. Cela a permis de créer davantage de valeur que dans d’autres pays : l’intérim y est utilisé non seulement comme un outil de flexibilité, mais aussi comme un levier de pré-recrutement et de montée en compétences.

L’intérim est souvent présenté comme un indicateur avancé du marché de l’emploi. Est-ce toujours le cas ?

C’est encore partiellement vrai, mais la lecture est devenue plus complexe. Traditionnellement, lorsque l’activité repart, les entreprises recrutent d’abord de manière flexible avant de créer des emplois permanents. L’intérim jouait donc un rôle d’indicateur avancé.

L’intérim est devenu un mode de fonctionnement plus structurel que cyclique

Cependant, la succession de crises (sanitaire, géopolitique, économique) a profondément modifié les comportements. L’intérim est devenu, dans certains secteurs, un mode de fonctionnement plus structurel que cyclique. On observe une forme de décorrélation par rapport aux cycles économiques classiques.

De plus, l’intérim n’est plus la seule modalité de flexibilité. Les entreprises recourent aussi davantage à l’outsourcing, au recrutement permanent, à l’apprentissage ou encore à l’intérim management. La flexibilité s’est diversifiée.

La montée en puissance de l’alternance et d’autres formes d’emploi redéfinit-elle la place de l’intérim ?

Oui, clairement. L’intérim n’est plus uniquement utilisé pour absorber des pics d’activité ou remplacer des absences. Il est désormais un vecteur d’insertion, de formation et de sécurisation des parcours professionnels.

Le CDI intérimaire en est un bon exemple : il représente aujourd’hui environ 15 % des effectifs d’Adecco en France. C’est un CDI à part entière, qui combine flexibilité pour l’entreprise et sécurité pour le salarié, avec un fort investissement dans la formation.

Parallèlement, d’autres formes de flexibilité se sont développées. Certaines sont socialement responsables, d’autres beaucoup moins. Nous défendons une flexibilité encadrée, protectrice et durable, notamment face à des modèles plus précaires qui se sont diffusés sur le marché.

Comment Adecco s’adapte à ces transformations du marché du travail ?

Ces évolutions se sont faites progressivement. Il y a dix ans, nous avons créé la Grande École de l’Alternance afin d’intégrer pleinement l’alternance dans notre modèle de développement, en anticipant les besoins de compétences des entreprises.

Nous avons beaucoup investi dans la digitalisation et l’automatisation des tâches administratives

Nous avons également fortement développé l’insertion par l’activité économique, avec un réseau dédié, notamment à travers Humando, qui a fêté ses 30 ans en 2025.

Par ailleurs, nous avons beaucoup investi dans la digitalisation et l’automatisation des tâches administratives. L’objectif est clair : libérer du temps pour que nos équipes puissent se concentrer sur l’accompagnement des candidats et la compréhension des besoins des entreprises. L’intelligence artificielle et les agents automatisés s’inscrivent pleinement dans cette logique.

Quels sont les publics éloignés de l’emploi que vous accompagnez et comment intervenez-vous ?

Nous intervenons principalement dans le cadre de l’insertion par l’activité économique, un modèle très structuré en France et encadré par l’État, en lien avec France Travail. Les publics concernés sont identifiés comme éloignés de l’emploi selon des critères précis.

Une insertion progressive dans des entreprises classiques

L’accompagnement est très individualisé : chaque recruteur suit un nombre limité de personnes afin d’assurer un coaching social de proximité. Il s’agit d’abord de réapprendre les codes fondamentaux du monde du travail, puis de permettre une insertion progressive dans des entreprises classiques.

Aujourd’hui, nous opérons plus de 100 agences dédiées à l’insertion en France et accompagnons chaque année plus de 16 000 personnes éloignées de l’emploi. Ces parcours sont souvent marqués par un fort engagement et une grande fidélité des personnes accompagnées.

Observe-t-on l’émergence de nouvelles compétences particulièrement recherchées ?

Dans l’intérim, ce sont avant tout les soft skills qui prennent une importance croissante. Motivation, capacité d’adaptation, envie d’apprendre : ces critères sont devenus essentiels.

Nous cherchons à dépasser une approche uniquement fondée sur le CV ou le diplôme, car elle alimente les pénuries de main-d’œuvre. Bien sûr, certaines qualifications réglementaires restent indispensables, mais elles ne suffisent plus.

Cette évolution est particulièrement visible avec la montée des technologies : la capacité à se former et à s’approprier de nouveaux outils devient déterminante, parfois plus que les compétences techniques initiales.

Le coût de l’intérim reste-t-il un critère déterminant pour les entreprises ?

Le prix reste un critère, mais son poids varie selon la taille de l’entreprise. Pour les PME, la priorité est avant tout d’avoir le bon candidat : une erreur de recrutement peut avoir des conséquences importantes, et la qualité prime souvent sur le coût.

Dans les grandes entreprises, la dimension budgétaire est plus structurante, car les volumes sont plus importants et les arbitrages financiers plus complexes. On observe donc une hiérarchie des critères différente selon les profils d’employeurs.

Quels secteurs recrutent le plus via l’intérim aujourd’hui ?

On observe une progression de l’intérim sur les fonctions cadres

Les secteurs où l’intérim est le plus utilisé sont ceux marqués par la saisonnalité ou la logique de projet : logistique, construction, événementiel, hôtellerie-restauration. L’industrie reste également un grand utilisateur, notamment pour des profils qualifiés.

On observe par ailleurs une progression de l’intérim sur les fonctions cadres, ce que l’on appelle le management de transition : finance, RH, communication, fonctions support. Ces missions permettent aux entreprises de piloter des projets ou des transformations dans un contexte économique incertain.

Christophe Catoir


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Fiche n° 30611, créée le 18/05/2018 à 14:10 - MàJ le 03/03/2026 à 11:08

Adecco

• Réseau d’agences d’emploi en France, marque de The Adecco Group
• Création :
1996 (fusion de Adia et Ecco)
• Missions : comprendre les contextes économiques, sectoriels et réglementaires pour anticiper les difficultés et préparer l’emploi de demain, et développer avec les candidats une relation de confiance pour les accompagner au mieux dans les emplois qui leur conviennent
Chiffre d’affaires 2024 : 5,8 Md€
• Implantation : 850 agences en France
• Effectif : 4 000 collaborateurs permanents
• Président France : Gérald Jasmin
DRH France : Marie Lardet
• Contact : Bruno Cazelles, relations presse
• Tél. : 06 84 50 07 33


Catégorie : Grandes Entreprises Privées
Maison mère : The Adecco Group


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Fiche n° 16530, créée le 03/03/2025 à 10:48 - MàJ le 03/03/2026 à 11:09

©  Caroline Bazin
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