Covid-19 : “La sortie de crise sera nécessairement polymorphe” (Estelle Sauvat, Groupe Alpha)

News Tank RH - Paris - Entretien n°219450 - Publié le 02/06/2021 à 17:02
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Estelle Sauvat - © DR.

« Les entreprises ont toutes vécu des situations très différentes et se sont organisées de façons très différentes face aux conséquences de cette crise, aussi la sortie de crise sera nécessairement polymorphe », analyse Estelle Sauvat Directrice générale @ Groupe Alpha et Secafi
• Née le 14/11/1974 • Elle a co-écrit avec Bertrand Martinot, pour l’Institut Montaigne, une étude intitulée « Un capital emploi formation pour tous …
, directrice générale du Groupe Alpha Le Groupe ALPHA conseille et met en mouvement les entreprises et les acteurs publics sur des thématiques économiques, sociales et environnementales au plus près des territoires. Il intervient de… , en amont de la rencontre « Débats d’aujourd’hui, Transformations de demain » organisée le 10/06/2021 par le groupe à la Maison des Océans au format phygital, en partenariat avec News Tank. 

Quelles sont les transformations en cours de l’économie, accélérées, voire révélées, par la crise sanitaire ? Quelles seront les modalités de relance pour la France et l’Europe ? Dans ce contexte, comment retrouver ou maintenir le lien social au sortir de la crise ? Quelles nouvelles formes d’organisation envisager pour réinventer les collectifs de travail ?

Telles seront les principales questions auxquelles proposera de répondre la rencontre du 10/06, alors que s’amorce la sortie de cette crise inédite “dont on est encore loin de mesurer l’ensemble des coûts et impacts, en particulier les coûts sociaux à retardement” dit Estelle Sauvat.


Groupe Alpha
Le 10 juin 2021 de 15:00 à 18:00
la Maison des Océans au 195 rue Saint Jacques, 75005 Paris.

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Estelle Sauvat, directrice générale du Groupe Alpha répond aux questions de News Tank

Quelles sont pour vous les caractéristiques de la crise que nous traversons ?

Nous vivons une crise inédite : la mise en confinement de la société est un processus qui consiste à passer d’un mode de vie normal à un mode de vie proche du coma artificiel et c’est bien ce que viennent de vivre nos sociétés. Cette situation a fait l’effet d’une véritable détonation sur nos économies et ce, dès le mois d’avril 2020, avec un arrêt brutal de l’activité huit fois plus important que celui que nous avions enregistré lors de la crise financière de 2008.

En revanche, par rapport à une crise comme celle de 2008, cette fois, la réaction des politiques a été beaucoup plus rapide. Ils ont ainsi repris la main pour limiter son impact, ce qui pose maintenant la question de son impact budgétaire mais leur intervention était nécessaire et tous l’ont reconnu. Aujourd’hui, les taux d’intérêt sont bas mais comment allons-nous, sur le long terme, pouvoir gérer la question de cette dette ? Cette question est devant nous.          

Justement, quels seront les coûts de cette crise pour nos économies et nos sociétés ?

le fameux quoi qu’il en coûte prendra-t-il en compte l’ensemble des coûts de la crise, (…) y compris les nombreux coûts sociaux à retardement ? »

Une des questions posées est de savoir si le fameux quoi qu’il en coûte, posé par le président de la République, prendra en compte l’ensemble des coûts de la crise, à la fois les coûts immédiats comptables que l’on chiffre à 160 ou 170 milliards d’euros, pris en charge par l’État, mais aussi les nombreux coûts sociaux à retardement ?

Je pense, par exemple, aux risques psychiques, 20 % des Français souffrent d’un état dépressif, soit une hausse de 10 points par rapport à une période sans épidémie. Ces situations et une détérioration générale de la santé peuvent déboucher sur de l’absentéisme. Certes, aujourd’hui, l’activité partielle et l’APLD Activité partielle de longue durée absorbent jusqu’à 20 % de cet absentéisme, d’où une baisse par rapport à l’année dernière, mais avec le retour à l’emploi, l’absentéisme ne risque-t-il pas de rebondir ?

Il y a des coûts parallèles liés à des reports de soins, à la baisse de naissance mais également à la fermeture des écoles. Un excellent rapport de l'OFCE , paru en décembre 2020 sur les jeunes, montre que ces jeunes ne sont pas atteints par le virus mais par une forme de sinistrose. Selon ce rapport, un jeune sur six a arrêté ses études après la crise. 6 semaines d’arrêt d’école, c’est 0,5 % de PIB Produit Intérieur Brut perdu. Le coût social de cette crise, pour les volets apprentissage et compétences, reste à mesurer.

Sur le plan de l’emploi également, si l’on regarde le nombre de personnes impactées par des PSE Plan de sauvegarde de l’emploi entre 2017 et 2021, leur chiffre a été multiplié par quatre. Mais ce n’est que la partie immergée de l’iceberg car il y a eu l’entrée en vigueur des ordonnances de 2017 qui a ouvert de nouvelles voies de négociation dans l’entreprise avec la multiplication des dispositifs de rupture négociée. En 2020, nous étions autour de 400.000 ruptures conventionnelles, soit presque cinq à six fois plus que le nombre de personnes en situation de licenciement. Certains d’entre eux deviennent d’ailleurs ensuite des invisibles, certains passent par des dispositifs de droit commun de Pôle Emploi, mais il faut s’interroger sur la façon dont ces personnes vont rebondir dans l’économie de demain, car si l’économie est aujourd’hui en suspens, il y aura demain besoin de compétences, a fortiori si l’on fait le pari d’une reprise en “V” que tout le monde attend, c’est-à-dire après la chute rapide que nous avons vécue, une reprise rapide que nous espérons la plus solide possible.

Quelles seront les conditions et la forme du rebond que nous attendons tous ?

La sortie de crise sera nécessairement polymorphe. Les entreprises ont toutes vécu des situations très différentes et elles se sont organisées de façons très différentes face aux conséquences de cette crise, qu’il s’agisse des réponses économiques, du rapport au télétravail, du rapport au sens du travail, par exemple. Ceci va faire naître une attente colossale, notamment chez les managers et les RH, qui ont constitué, eux aussi, une première ligne. Ne sous-estimons pas que certains d’entre eux sont aujourd’hui proches de la saturation, au regard de ce qu’ils viennent de traverser et de gérer.

À ce titre, le dialogue et la négociation ont été des éléments clés, grâce à une analyse lucide de la situation, qui a permis aux entreprises de passer la crise, tant bien que mal, avec, parfois, malheureusement, de grandes difficultés pour préserver l’ensemble des compétences. Les acteurs de l’entreprise ont tous été mis à rude épreuve et chacun a fait preuve de responsabilité.

les RH comme les managers vont devoir prendre le temps de faire un état des lieux des situations traversées »

Dans ce contexte, les RH comme les managers vont devoir prendre le temps de faire un état des lieux des situations traversées. Ils vont devoir se former pour être en situation de détecter les signaux faibles du quotidien dans la phase post-crise. Il y aura sans doute besoin d’écoute, d’attention pour éviter les faux-pas, en particulier avec des situations de télétravail plus massives et pour redonner du sens au travail. Les formations au management seront probablement une des clés de la réussite dans les mois qui viennent, comme la reconfiguration des modèles d’animation des collectifs de travail en entreprise.

Estelle Sauvat

Email : estelle.sauvat@groupe-alpha.com
Téléphone : 01 45 34 66 16

• Née le 14/11/1974
• Elle a co-écrit avec Bertrand Martinot, pour l’Institut Montaigne, une étude intitulée « Un capital emploi formation pour tous » (janvier 2017)

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Parcours

Groupe Alpha et Secafi
Directrice générale
Ellios Conseil
Directrice générale
Ministère du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion
Chargée d’une mission sur la stratégie européenne des compétences
Ministère du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion
Haut-commissaire à la transformation des compétences
Sodie (Groupe Alpha)
DG
Sodie (Groupe Alpha)
DG déléguée

Établissement & diplôme

Sciences Po
Mastère spécialisé Niveau 1- Management des politiques publiques
HEC Paris (Ecole des hautes études commerciales de Paris)
Formation Executive Education - Finances
Inseec
Master cadre gestion d’entreprise
Paris V René Descartes
Master droit des affaires

Fiche n° 26855, créée le 06/11/2017 à 19:42 - MàJ le 02/06/2021 à 19:27

Groupe Alpha

Le Groupe ALPHA conseille et met en mouvement les entreprises et les acteurs publics sur des thématiques économiques, sociales et environnementales au plus près des territoires. Il intervient de l’expertise à l’analyse financière, de l’audit au conseil RH, en passant, entre autres, par l’accompagnement aux transformations ou le management par les singularités. Il est constitué en deux branches d’activités :

• SECAFI accompagne les représentants du personnel et co-construit des compromis équilibrés. Il accompagne le développement des entreprises en veillant aux justes équilibres entre enjeux économiques, sociaux et environnementaux.
SEMAPHORES accompagne les organisations, publiques et privées, dans leurs stratégies et projets, dans leurs transformations, en conciliant performance et qualité de vie au travail.

Les missions du Groupe visent à concilier les divergences, à faire en sorte que les parties prenantes de l’organisation, internes et externes, dialoguent pour arriver à des compromis négociés. Pour que les enjeux de performance économique et financière soient plus que jamais mâtinés d’enjeux humains, sociaux, professionnels.

• CA : 130 M€ (2020)
• Effectifs : 900 salariés
Président du conseil d’administration : Pierre Ferracci
Directrice générale : Estelle Sauvat (également DG de Secafi)

Contact
• Tél. : 01 53 62 70 00


Catégorie : Etudes / Conseils


Adresse du siège


Groupe Alpha
20-24 rue Martin Bernard
75013 Paris France


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Fiche n° 5893, créée le 05/10/2017 à 05:27 - MàJ le 11/06/2021 à 19:05


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Estelle Sauvat - © DR.