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« Ceux qui connaissent le fond des sujets sont d’accord sur l’essentiel » (B. Martinot, M. El Khomri)

Paris - Publié le mercredi 16 octobre 2019 à 12 h 38 - n° 164193 « Ceux qui connaissent le fond et la complexité des sujets, qu’ils soient politiques, partenaires sociaux ou experts, tombent souvent d’accord sur l’essentiel. C’est le cas entre nous », déclare Bertrand MartinotBertrand Martinot, ancien conseiller social du Président de la République Nicolas Sarkozy, désormais directeur du conseil en formation professionnelle et développement des compétences de S2H Consulting, activité du Groupe Siaci Saint Honoré, à propos de sa nouvelle collaboration avec Myriam El KhomriMyriam El Khomri, ministre du Travail du Président François Hollande.

« Ma mission actuelle prolonge les précédentes : penser le monde du travail, accompagner et même anticiper les changements pour éviter qu’ils ne soient subis, par les entreprises comme par leurs salariés et en faire au contraire des opportunités de développement partagé », indique l’ancienne ministre du Travail, dirigeante de l’activité de conseil du Groupe Siaci Saint Honoré

En matière de réformes du droit du travail, Bertrand Martinot se dit « frappé, au-delà des polémiques parfois violentes, par la continuité qui existe entre l’action des gouvernements récents, avec évidemment des phases de pause ou au contraire d’accélération ».
« Globalement, toutes les réformes ont tenté bon an mal an de faire avancer trois sujets :
• davantage de souplesse dans la rupture du contrat de travail ;
• davantage de protection pour aider les salariés à retrouver un emploi ;
• davantage de marges de manœuvre pour l’accord collectif de branche et d’entreprise, c’est-à-dire pour le contrat collectif, par rapport à la loi.
Il peut y avoir des divergences sur le dosage de ces trois ingrédients, mais, en gros, il y a un accord assez général sur la recette. »
Myriam El Khomri, Bertrand Martinot - © D.R.
Myriam El Khomri, Bertrand Martinot - © D.R.

Myriam El Khomri et Bertrand Martinot répondent aux questions de News Tank

Après des années dans le monde politique, vous débutez une carrière dans le conseil. Y a-t-il un continuum ou bien s’agit-il de tourner une page ?

Bertrand Martinot : Il y a évidemment un continuum dans la matière traitée puisqu’il est toujours question d’emploi et de formation professionnelle. Il n’y a pas non plus de rupture radicale par rapport à mon environnement professionnel. J’ai eu tellement d’échanges ces dernières années avec des DRH, des dirigeants d’entreprises et des consultants RH, que je ne me sens pas très dépaysé. Je connaissais leurs problématiques, leurs contraintes, les règles du jeu social. Il reste maintenant à trouver des solutions concrètes au cas par cas. En outre, une double expérience publique et privée est toujours intéressante. Elle permet de mieux comprendre les contraintes des uns et des autres et d’envisager les sujets de manière plus complète. Et donc, peut-être, d’enrichir le contenu de prestations de conseil.

Ma mission actuelle prolonge les précédentes : penser le monde du travail, accompagner et même anticiper les changements pour éviter qu’ils ne soient subis (Myriam El Khomri)Myriam El Khomri : Je suis venue à la politique pour m’occuper de problématiques sociales lourdes et des populations les plus défavorisées. Je leur ai consacré toute mon énergie pendant plus d’une dizaine d’années. Mon passage par le ministère du Travail m’a permis d’élargir encore mon spectre de réflexion et d’action en matière d’insertion sociale et professionnelle et concernant les mutations du monde du travail qui bousculent toute notre organisation sociale.

Mon moteur, c’est l’intérêt général. En ce sens, ma mission actuelle prolonge les précédentes : penser le monde du travail, accompagner et même anticiper les changements pour éviter qu’ils ne soient subis, par les entreprises comme par leurs salariés, et en faire au contraire des opportunités de développement partagé. Tout le monde peut et doit concourir à bâtir une société de progrès, acteurs publics comme entreprises.

Vous connaissiez-vous avant d’entamer cette collaboration ? Originaires de familles politiques assez éloignées, avez-vous été surpris par ces premiers mois de collaboration ? Sur quels points ?

Bertrand Martinot : Non, nous ne nous connaissions pas directement, mais avions beaucoup de connaissances communes !

En France, on a trop tendance à exagérer les divergences sur les sujets sociaux.

En fait, les polémiques sont alimentées, de manière pas toujours désintéressée, par des politiques qui considèrent que quelques a priori idéologiques suffisent pour parler avec autorité d’une question. En revanche, ceux qui connaissent le fond et la complexité des sujets, qu’ils soient politiques, partenaires sociaux ou experts, tombent souvent d’accord sur l’essentiel. C’est le cas entre nous.

En matière de réformes du droit du travail, on est frappé par la continuité qui existe entre l’action des gouvernements récents (Bertrand Martinot)Prenons le cas des réformes du droit du travail : on est frappé, au-delà de ces polémiques parfois violentes, par la continuité qui existe entre l’action des gouvernements récents, avec évidemment des phases de pause ou au contraire d’accélération.

Globalement, toutes les réformes ont tenté bon an mal an de faire avancer trois sujets :
• davantage de souplesse dans la rupture du contrat de travail ;
• davantage de protection pour aider les salariés à retrouver un emploi ;
• davantage de marges de manœuvre pour l’accord collectif de branche et d’entreprise, c’est-à-dire pour le contrat collectif, par rapport à la loi.
Il peut y avoir, entre experts, des divergences sur le dosage de ces trois ingrédients, mais, en gros, il y a un accord assez général sur la recette.

Myriam El Khomri : Je partage tout à fait ce qu’indique Bertrand. Nous avons certes des parcours et des engagements politiques différents, mais mettre aujourd’hui ces différences au service d’un projet commun est tout à la fois exigeant et très fécond. Notre approche n’en est que plus complexe et solide.

Quelles sont vos missions respectives au sein du groupe Siaci Saint Honoré ? Quel est le positionnement stratégique de l’activité S2H Consulting ?

Bertrand Martinot : En tant que directeur du conseil en formation professionnelle et développement des compétences, je complète une offre de services en conseil RH qui était déjà assez fournie. Avec l’introduction de cette offre de service nouvelle, qui doit aider les entreprises à tirer le meilleur parti possible des nouvelles règles issues de la loi « Avenir professionnel », S2H Consulting propose une palette de prestations RH complète. En outre, en tant qu’économiste, je participe à la réflexion générale du groupe sur l’avenir de la protection sociale, du travail et de l’emploi.

Quelques exemples de questions posées :
• Comment développer des produits assurantiels permettant de favoriser la sécurisation des parcours professionnels ?
• Comment adapter nos systèmes de protection aux nouvelles formes d’emploi, voici quelques exemples de sujets sur lesquels il est possible d’apporter des contributions.

Je note que ces thématiques peuvent également concerner nos clients internationaux.

Myriam El Khomri : Je dirige et développe la branche conseil de cette entreprise et, avec l’équipe, il nous revient d’inventer le conseil de demain, adapté au monde du travail de demain, en France mais aussi à l’international. La tendance très nette que nous observons et encourageons peut se résumer simplement : demain encore plus qu’aujourd’hui la performance des entreprises passera par l’engagement et l’épanouissement des salariés. Quête de sens individuelle et quête collective de résultats sont étroitement imbriquées.

En découle un double positionnement stratégique de notre offre de conseil :
• d’une part en apportant des réponses à presque toutes les préoccupations des DRH via une « offre 360° » ;
• d’autre part, en aidant les dirigeants d’entreprise et les partenaires sociaux à concevoir des outils permettant de mieux sécuriser les salariés professionnellement et socialement, le tout au meilleur coût.

L’enjeu est de préserver le capital humain des entreprises. Nous croyons beaucoup à ce concept de « protection sociale augmentée », pour laquelle Siaci Saint Honoré a un avantage comparatif du fait de l’intégration croissante des prestations RH et prestations de « protection sociale » pour nos clients français et internationaux.

Comment vos clients, prospects dirigeants d’entreprise vous accueillent-ils et perçoivent-ils vos nouveaux métiers ? Évoquent-ils vos engagements antérieurs et la vie politique et sociale actuelle ?

Bertrand Martinot : L’accueil est excellent car les sujets dont nous sommes en charge entrent fortement en résonance avec les préoccupations de nos interlocuteurs. C’est le cas notamment des conséquences de la formation professionnelle, dont la loi « Avenir professionnel » rebat considérablement les cartes, mais qui laissent de nombreux dirigeants perplexes. Au-delà des transformations juridiques et financières, elle implique des évolutions profondes, quasiment culturelles, dans l’appréhension de l’acte de formation, du rôle de la formation dans le maintien de l’employabilité des salariés et dans la construction de compromis sociaux nouveaux dans les branches et les entreprises. Il y a par exemple un enjeu très lourd autour du compte personnel formation (CPF) : les partenaires sociaux des entreprises sauront-ils s’en saisir dans une perspective de co-investissement et de sécurisation des parcours professionnels des salariés ou restera-t-il un objet purement individuel ? On est aujourd’hui à l’année zéro de cette révolution.

Il n’est pas rare que mes interlocuteurs présents me questionnent sur le regard que je porte sur l’action publique et réglementaire présente et passée (Myriam El Khomri)Myriam El Khomri : Je ne sais pas si c’est une bonne nouvelle, mais au moins mon passage au ministère du Travail ne sera pas passé inaperçu. Il se trouve que j’ai porté un texte de loi critiqué mais qui a inspiré les dernières évolutions législatives portées par le Gouvernement actuel. L’enjeu était de concilier les besoins des entreprises, la légitimité des syndicats et les aspirations des salariés. Il n’est donc pas rare que mes interlocuteurs présents me questionnent sur le regard que je porte sur l’action publique et réglementaire présente et passée.

L’expérience aura parfois été rude mais très enrichissante, en m’offrant un scope extrêmement large, qu’il s’agisse de développement économique, de formation professionnelle, de droit et d’organisation du travail, de qualité de vie au travail ou encore de relations sociales.

Après avoir participé à la conception des réformes sociales, vous intervenez pour accompagner la mise en œuvre des réformes récentes et à venir, notamment la réforme des retraites ou la refonte du paysage social des entreprises, initiée par la loi Travail et poursuivie avec les ordonnances Macron. Que vous apporte cette « profondeur de champ » dans le conseil aux entreprises ?

Bertrand Martinot : Les dirigeants d’entreprise n’ont généralement pas le temps d’entrer dans les détails techniques de ces sujets complexes. Ils doivent en revanche en saisir la portée « politique », c’est-à-dire avoir une vision du contrat social qui les lie avec leurs collaborateurs et comprendre comment l’articuler avec la politique générale de l’entreprise.

Au-delà des appuis techniques et méthodologiques que le consultant doit d’apporter, il doit aussi endosser le rôle d’un conseiller. Dans le cas de la formation et du développement des compétences, il lui incombe d’expliquer les enjeux stratégiques liés à ces questions appliquées au cas concret d’une entreprise donnée et comment y répondre avec les outils disponibles. Expliquer, conseiller, proposer des orientations stratégiques, en dépassant la complexité technique… De ce point de vue, avoir eu l’expérience de conseiller des responsables politiques n’est pas inutile.

Le monde du public et celui du privé nourrissent beaucoup de préjugés réciproques : quand on a eu un pied dans les deux on est également frappé par la grande proximité entre les deux univers. (Myriam El Khomri)Myriam El Khomri : Je répondrais d’une formule un peu lapidaire : les forces sociales existent et je crois pouvoir dire que je les ai rencontrées. Être ministre, c’est être confronté à un champ de forces multiples, puissantes, contradictoires, incertaines. Autrement dit, conduire sur un terrain très accidenté, très glissant et en disposant d’un tableau de bord d’une redoutable complexité. C’est sans aucun doute très utile pour appréhender ensuite toute problématique « sociale ». Le monde du public et celui du privé nourrissent beaucoup de préjugés réciproques : quand on a eu un pied dans les deux, on est souvent frappé de l’inanité de ces idées reçues. Et on est également frappé par la grande proximité entre les deux univers : le politique a une exigence de résultats et l’entreprise ne peut aujourd’hui plus se désintéresser de sujets à dimension environnementale et sociale, autrement dit à dimension clairement « politique », au sens de l’organisation de la vie en société. Je sens quotidiennement combien cette double expérience m’est utile.

Bertrand Martinot
Fiche n° 25373, créée le 04/09/17 à 12:31 - MàJ le 16/10/19 à 12:33

Bertrand Martinot



Parcours Depuis Jusqu'à
SIACI Saint Honoré
Directeur du conseil en formation et développement des compétences Juin 2019 Aujourd'hui
Juin 2019 Aujourd'hui
Institut Montaigne
Économiste 2017 Aujourd'hui
2017 Aujourd'hui
Conseil régional d'Île-de-France
Directeur général adjoint des services, développement économique, de l'emploi et de la formation Février 2016 à Juin 2019
Février 2016 Juin 2019
Ministère de l'Économie et des finances
Contrôleur général économique et financier Juillet 2014 à Février 2016
Juillet 2014 Février 2016
Délégation générale à l'emploi et à la formation professionnelle
Directeur général 2008 à 2012
2008 2012
Présidence de la République
Conseiller social du Président de la République Mai 2007 à Septembre 2008
Mai 2007 Septembre 2008
Délégation générale à l'emploi et à la formation professionnelle
Chef de service Mars 2006 à Avril 2007
Mars 2006 Avril 2007
Ministère de l'Economie et des Finances
Conseiller technique emploi, travail, comptes sociaux auprès des ministres de l'Économie et du Budget Mai 2004 à Avril 2006
Mai 2004 Avril 2006
ministère de l'Economie et des Finances ; direction générale du trésor
Chef du bureau de l'emploi et du marché du travail Mai 2002 à Avril 2004
Mai 2002 Avril 2004
Commission Européenne
Expert national détaché Juin 2000 à Mai 2002
Juin 2000 Mai 2002
Ministère de l'Economie et des Finances
Adjoint de chef de bureau - économiste Avril 1996 à Juin 2000
Avril 1996 Juin 2000
Êtablissement & diplôme Année(s)
Ecole nationale d'administration (ENA)
Économie, droit, finances, administration générale 1994 - 1996
1994 1996
Institut d'études politiques de Paris
DEA, Démographie économique 1991 - 1992
1991 1992
Institut d'études politiques de Paris
Droit et économie 1989 - 1991
1989 1991
Université Paris XI Orsay
Licence de sciences physiques, Mathématiques - physique, Licence de physique 1988 - 1989
1988 1989

Ouvrages parus :

Un autre droit du travail est possible (en collaboration avec Franck Morel, Fayard, 2016)

Pour en finir avec le chômage (Fayard, coll Pluriel, 2015)

Chômage : inverser la courbe (Les Belles Lettres, 2013)


Myriam El Khomri
Fiche n° 30550, créée le 16/05/18 à 12:11 - MàJ le 04/07/19 à 16:08

Myriam El Khomri



Parcours Depuis Jusqu'à
SIACI Saint Honoré
Directrice du Pôle conseil (S2H Consulting) Mars 2019 Aujourd'hui
Mars 2019 Aujourd'hui
Ville de Paris
Conseillère de Paris, élue du 18e arrondissement de Paris Juin 2017 Aujourd'hui
Juin 2017 Aujourd'hui
LHH-Altedia
Senior Advisor Mai 2018 à Mars 2019
Mai 2018 Mars 2019
MEK Conseil
Fondatrice Octobre 2017 à Mars 2019
Octobre 2017 Mars 2019
Ministère du Travail, de l'Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social
Ministre Septembre 2015 à 2017
Septembre 2015 2017
Ministère des Sports
Secrétaire d'État à la Politique de la Ville Août 2014 à Septembre 2015
Août 2014 Septembre 2015
Ville de Paris
Adjointe au maire de Paris chargée de la sécurité et de la prévention Janvier 2011 à Août 2014
Janvier 2011 Août 2014
Mairie du 18e arrondissement
Adjointe au maire 2008 à 2014
2008 2014
Ville de Paris
Adjointe au maire de Paris chargée de la protection de l'enfance et de la prévention spécialisée Mars 2008 à Janvier 2011
Mars 2008 Janvier 2011

• Née le 18/02/1978 à Rabat (Maroc)


SIACI Saint Honoré
Fiche n° 5205, créée le 27/06/17 à 03:47 - MàJ le 17/05/18 à 17:27

SIACI Saint Honoré



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