Compétition mondiale WorldSkills : « Resserrer l’équipe pour privilégier la qualité » (Florence Poivey)
« Nous avons fait le choix de resserrer l’équipe de France pour privilégier la qualité. À Lyon 2024, il y avait 63 compétiteurs. L’objectif était alors de constituer une équipe très large, notamment parce que le nombre de compétiteurs augmente les chances d’obtenir des médailles d’excellence », déclare Florence Poivey
Présidente de la Fondation @ Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) • Personnalité qualifiée chargée du déploiement au niveau territorial du plan 10 000 entreprises pour l’inclusion et…
, présidente de WorldSkills France, auprès de News Tank, le 18/09/2026.
La 48e édition de la compétition mondiale WorldSkills a lieu à Shanghai, en Chine, du 23 au 26/09/2026. 1 400 jeunes de 73 pays s’affronteront dans 64 métiers. La France, 3e nation mondiale à l’issue de Lyon 2024, sera engagée dans 32 métiers, de la cybersécurité à la robotique, de l’industrie au BTP, en passant par l’automobile, l’alimentation, l’artisanat ou le végétal.
« Pour Shanghai, nous avons voulu faire progresser la moyenne de points et viser davantage de podiums. À Lyon, les médailles d’excellence étaient largement majoritaires. Elles correspondent à une très bonne performance, mais nous voulons désormais monter en qualité. Il y avait aussi un enjeu de gestion : encadrer 63 jeunes et 63 experts, soit plus de 120 personnes, rend difficile le suivi individuel et la création d’un véritable effet d’équipe. Nous avons donc resserré la délégation, en accord avec les experts et les organisations professionnelles. »
« Nous avons réussi à mobiliser les fédérations et les branches professionnelles extrêmement facilement, plus facilement que nous l’avions anticipé. On est arrivé avec un vrai projet. On avait mis de l’ordre dans la maison et surtout une vision claire, notamment sur le plan financier, et on a proposé un vrai projet. »
« Les lendemains de Lyon 2024 ont été financièrement très compliqués. Le passage d’une équipe d’une quarantaine de personnes à 63 a représenté environ un million d’euros supplémentaires, qui n’étaient pas financés. Nous avons donc dû puiser dans nos fonds propres. Aujourd’hui, ils se reconstituent et nous sommes à l’équilibre. Nous sommes sereins sur l’atterrissage 2026, même si nous restons attentifs au contexte économique et politique. »
« Par ailleurs, la part du financement de l’État est passée de 86 % en 2023 à 46 % en 2025, non pas parce qu’il a fortement baissé, mais parce que nous avons réussi à aller chercher davantage de ressources ailleurs. »
« Nous avons aussi des financements privés. Après une année 2024 compliquée pour les partenariats, ils ont progressé de manière importante en 2025 et 2026. »
À quoi va ressembler le programme de l’équipe de France à Shanghai ?
Nous sommes quasiment à la veille de cette compétition mondiale, qui fait suite à celle que nous avions accueillie à Lyon en 2024. Deux ans plus tard, nous sommes à Shanghai avec une magnifique équipe de France de 36 jeunes, très motivés, courageux et audacieux.
Le 21/09/2026, ils vont prendre possession de leurs espaces et les apprivoiser. Le 22/09/2026 au matin, aura lieu l’opération « One School, One Member » : chaque délégation va à la rencontre d’une école qui s’est préparée à l’accueillir. C’est un moment très fort et très riche. Le 22/09/2026 au soir, ce sera la cérémonie d’ouverture, avec le grand défilé.
Les épreuves débuteront le 23/09/2026 et se poursuivront jusqu’au 26/09/2026, pour toutes les disciplines. Nous aurons ensuite une grande soirée française au Consulat de France à Shanghai, où nous retrouverons tous nos champions.
Enfin, la cérémonie de clôture aura lieu le 27/09/2026, avec la proclamation des résultats.
Quelle est la composition de l’équipe de France ?
À Herning, nous avions progressé en matière de parité. Là, nous avons des filles formidables, sans en avoir beaucoup. Elles sont trois sur les 36 membres de la délégation.
Les jeunes sont essentiellement apprentis, pour 72 % des compétiteurs et 28 % sont étudiants ou salariés notamment certains en CDI Contrat à durée indéterminée .
Les jeunes sont essentiellement apprentis, pour 72 % des compétiteursCe qu’on constate surtout, c’est une mobilisation grandissante des lycées professionnels. L’Éducation nationale s’implique davantage : par exemple, pour les sélections de la Compétition nationale d’Orléans l’an prochain, les proviseurs ont reçu un message du recteur leur demandant d’envoyer au minimum un jeune par lycée, et si possible un jeune par section présente en compétition.
On l’a également constaté lorsqu’il a fallu trouver des centres d’excellence pour accueillir les qualifications, avant la finale nationale : les lycées professionnels se sont fortement mobilisés. Il y a donc un véritable mouvement.
Cet engouement de l’Éducation nationale est-il lié à Lyon 2024 ?
Oui, je pense que Lyon 2024 a joué un rôle. L’académie avait fait un travail remarquable. Il y a aussi l’impact de l’AMI CMA Compétences et métiers d’avenir , qui comportait plusieurs projets directement liés à l’Éducation nationale, ainsi que la mobilisation de notre vice-président à l’éducation, ancien recteur de l’académie de Lyon (Olivier Dugrip).
Et nous avons aujourd’hui un ministre très enthousiaste à l’égard de WorldSkills et très engagé en faveur de la voie professionnelle et de l’équilibre entre les différentes voies.
Pourquoi la délégation française est-elle moins nombreuse que lors des précédentes éditions ?
Nous avons fait le choix de resserrer l’équipe pour privilégier la qualité. À Lyon 2024, il y avait 63 compétiteurs. L’objectif était alors de constituer une équipe très large, notamment parce que le nombre de compétiteurs augmente les chances d’obtenir des médailles d’excellence.
Nous avons voulu faire progresser la moyenne de points et viser davantage de podiumsPour Shanghai, nous avons voulu faire progresser la moyenne de points et viser davantage de podiums. À Lyon, les médailles d’excellence étaient largement majoritaires. Elles correspondent à une très bonne performance, mais nous voulons désormais monter en qualité.
Il y avait aussi un enjeu de gestion : encadrer 63 jeunes et 63 experts, soit plus de 120 personnes, rend difficile le suivi individuel et la création d’un véritable effet d’équipe. Nous avons donc resserré la délégation, en accord avec les experts et les organisations professionnelles.
Comment avez-vous réussi à mobiliser les fédérations et les branches professionnelles autour du projet ?
Extrêmement facilement, plus facilement que nous l’avions anticipé. On est arrivé avec un vrai projet. On avait mis de l’ordre dans la maison et surtout une vision claire, notamment sur le plan financier, et on a proposé un vrai projet.
J’avais aussi testé cette démarche auprès des parties prenantes, en mesurant les besoins des uns et des autres. Le fait d’avoir été présidente de la fédération de la plasturgie m’a également donné un peu de background sur le fonctionnement des fédérations professionnelles.
Le contexte a aussi facilité les choses, avec un président de la République qui avait affiché sa volonté de donner toute sa place à la voie professionnelle, des gouvernements successifs qui s’en sont donné les moyens, l’accueil de Lyon 2024 et les besoins en compétences des entreprises, tous secteurs confondus. Mais on avait surtout un vrai projet.
Comment avez-vous défini les métiers représentés ?
Une véritable co-construction entre les organisations professionnelles et nos équipes PerformanceC’est un travail mené avec les experts et les organisations professionnelles. Nous avons changé notre fonctionnement pour les associer pleinement à la construction de la stratégie WorldSkills. Il y a désormais une véritable co-construction entre les organisations professionnelles et nos équipes Performance, notamment au sein d’un comité des métiers présidé par notre délégué officiel, Thibault Dubus.
C’est essentiel, car les organisations professionnelles sont au plus près des entreprises, de leurs besoins et de l’évolution des métiers. Elles doivent donc être pleinement associées à nos choix.
Les métiers évoluent-ils déjà sous l’effet de l’IA Intelligence artificielle , et comment celle-ci est-elle intégrée aux épreuves ?
Sur les métiers, c’est évident : ils se transforment tous, les uns après les autres. Nous sommes donc très attentifs à intégrer l’IA là où elle est déjà présente dans les métiers concernés, notamment dans nos épreuves. Cela dépend bien sûr des épreuves elles-mêmes.
C’est d’ailleurs une question que je vais poser à nos jeunes et à nos experts lors du regroupement post-compétition, prévue en octobre, où nous allons tous les rassembler. Je vais notamment leur demander : « Comment avez-vous utilisé l’IA dans votre préparation ? Et quelle place de l’IA dans l’épreuve ? »
Constatez-vous un effet de WorldSkills sur l’orientation des jeunes ?
Nous sommes surtout sur l’amont de l’orientation : faire connaître les métiers, donner envie et les valoriser. Nous multiplions les occasions de les faire découvrir, à travers les compétitions, des concours intercollèges grâce à une plateforme digitale, ou encore nos jeunes champions qui interviennent comme ambassadeurs.
Nous utilisons aussi Mission Futur, un outil qui permet aux jeunes d’identifier leurs forces et les rôles professionnels qui peuvent leur correspondre. Nous avons fait passer le même test à nos 750 champions afin de pouvoir mettre en relation des collégiens avec des champions ayant identifié des forces similaires. Les enseignants nous disent que cela crée un véritable effet d’entraînement.
L’objectif est donc aussi de montrer aux jeunes qu’ils ont des capacités et qu’ils peuvent trouver leur place dans les métiers.
Quelle place pour les personnes en situation de handicap dans les compétitions WorldSkills ?
En France, nous avons mis en place Parcours+WorldSkills International n’inclut pas le handicap. La compétition mondiale dédiée aux personnes en situation de handicap, Abilympics, aura lieu l’an prochain à Helsinki.
En France, nous avons mis en place Parcours+. Pour la première fois, l’équipe de France Abilympics a été constituée à l’issue d’une compétition : les participants ont gagné leur place en se confrontant les uns aux autres.
À Marseille, une grande partie des métiers ont été ouverts aux personnes en situation de handicap, qui ont concouru sur les mêmes épreuves, au même endroit et avec les mêmes critères de notation que les jeunes valides. Seul le scoring était différent.
Où en est WorldSkills France sur le plan financier ?
Les lendemains de Lyon 2024 ont été financièrement très compliqués. Le passage d’une équipe d’une quarantaine de personnes à 63 a représenté environ un million d’euros supplémentaires, qui n’étaient pas financés. Nous avons donc dû puiser dans nos fonds propres.
Aujourd’hui, ils se reconstituent et nous sommes à l’équilibre. Nous sommes sereins sur l’atterrissage 2026, même si nous restons attentifs au contexte économique et politique.
Par ailleurs, la part du financement de l’État est passée de 86 % en 2023 à 46 % en 2025, non pas parce qu’il a fortement baissé, mais parce que nous avons réussi à aller chercher davantage de ressources ailleurs.
Quels types de financements privés avez-vous développés ?
Nous avons aussi des financements privés. Après une année 2024 compliquée pour les partenariats, ils ont progressé de manière importante en 2025 et 2026.
Nous avons fait évoluer notre approche : l’objectif est que WorldSkills devienne un véritable projet d’entreprise pour les partenaires, et pas seulement une présence lors d’une compétition. Nous travaillons notamment sur leur marque employeur, en lien avec les enjeux de recrutement et de compétences.
Cela peut prendre différentes formes. Par exemple, chez Coverguard, les collaborateurs sont régulièrement mis en relation avec les champions et des projets internes sont nés de ce lien avec l’équipe de France. L’idée est que WorldSkills dépasse le seul service marketing et entre réellement dans l’entreprise.
Florence Poivey
Présidente de la Fondation @ Conservatoire national des arts et métiers (Cnam)
Personnalité qualifiée chargée du déploiement au niveau territorial du plan 10 000 entreprises pour l’inclusion et l’insertion professionnelle @ Ministère du Travail
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Parcours
Présidente de la Fondation
Personnalité qualifiée chargée du déploiement au niveau territorial du plan 10 000 entreprises pour l’inclusion et l’insertion professionnelle
Présidente
Membre conseil exécutif et présidente de la Commission Education / Formation / Insertion
Présidente
Présidente
Vice-présidente
Fiche n° 24390, créée le 21/07/2017 à 11:41 - MàJ le 15/10/2026 à 12:25
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