Rapport du COR : « La véritable nouveauté : la remise en cause du cadre comptable actuel » (B. Martinot)
Le rapport 2026 du COR
Conseil d’Orientation des retraites
(Conseil d’orientation des retraites), publié le 11/06/2026, ne constitue « ni une rupture, ni une surprise » par rapport à l’édition précédente, estime l’économiste Bertrand Martinot
Économiste - Senior Fellow @ Institut Montaigne
Ouvrages parus :
• Le travail est la solution (avec Franck Morel, Hermann, 2025)
• Un autre droit du travail est possible (en collaboration avec…
. L’exercice consiste avant tout à actualiser les projections financières présentées en 2025 à partir des nouvelles perspectives démographiques de l’Insee.
Le scénario de référence repose désormais sur un taux de fécondité de 1,45 enfant par femme à compter de 2028, contre 1,8 dans les précédentes projections, sur des gains d’espérance de vie légèrement revus à la baisse et sur un solde migratoire annuel de + 150 000 personnes dès 2026, contre + 70 000 auparavant. Ces nouvelles hypothèses conduisent à réévaluer les perspectives de financement du système de retraite à long terme.
Pour Bertrand Martinot, la principale nouveauté du rapport se situe toutefois ailleurs. « Pour la première fois, le COR souligne explicitement les limites du cadre comptable actuellement utilisé. Celui-ci considère comme équilibrés, par construction, certains régimes financés directement par l’État, notamment celui de la fonction publique d’État, ainsi que des régimes bénéficiant de subventions d’équilibre qui masquent leur besoin réel de financement », observe-t-il.
C’est un point essentiel car le gouvernement et la Cour des comptes envisagent de faire évoluer cette présentation comptable. « Si cela se produit, le déficit affiché du système de retraite pourrait apparaître nettement plus élevé de plusieurs dizaines de milliards d’euros que celui présenté aujourd’hui. »
Bertrand Martinot est l’auteur de « J’ai cotisé, j’y ai droit ! », sous-titré : « Mensonges et vérités sur les retraites », publié aux éditions Hermann (mai 2026).
Le COR (Conseil d’orientation des retraites
• Instance indépendante et pluraliste d’expertise, directement rattachée au Premier ministre• Création : 2000• Mission : suivre et analyser les perspectives à moyen et long terme du système de…
) vient de publier son rapport annuel. Quel enseignement principal en retenez-vous ?
Ce rapport n’est ni une rupture ni une surprise. Il actualise essentiellement les projections de 2025 en intégrant deux évolutions démographiques majeures : la baisse de la fécondité et la révision à la hausse du solde migratoire.
Sur le premier point, le COR
• Instance indépendante et pluraliste d’expertise, directement rattachée au Premier ministre• Création : 2000• Mission : suivre et analyser les perspectives à moyen et long terme du système de…
abandonne progressivement l’hypothèse d’un rebond de la natalité qui structurait ses travaux depuis de nombreuses années. Il retient désormais une fécondité de 1,45 enfant par femme, conformément aux dernières projections de l’Insee, contre 1,8 auparavant. Cette révision n’aura aucun effet à court terme, mais à partir des années 2045-2050, elle se traduira mécaniquement par une population active moins nombreuse et donc par davantage de difficultés pour financer les retraites.
La seconde évolution concerne l’immigration. Le scénario central repose désormais sur un solde migratoire de + 150 000 personnes par an, contre + 70 000 auparavant. Cette hypothèse reflète les tendances observées depuis une quinzaine d’années. Sur le plan statistique, elle est défendable. Sur le plan politique, c’est une autre question : sur 45 ans, cela représente près de 7 millions de personnes supplémentaires, soit un doublement de la population d’étrangers en France en une génération et demie. L’acceptabilité politique d’une telle évolution paraît quand même assez douteuse.
La baisse de la natalité est-elle une fatalité ?
C’est aujourd’hui l’hypothèse la plus raisonnable. La natalité baisse en France depuis un certain nombre d’années déjà. Tous les pays industrialisés connaissent un recul de la fécondité et la France reste malgré tout relativement mieux placée que beaucoup de ses voisins européens. Prolonger le taux de fécondité actuellement observé et faire l’hypothèse qu’il ne va plus baisser n’est d’ailleurs pas particulièrement pessimiste.
Plus généralement, lorsqu’on fait des projections financières sur un système de retraite, il est préférable d’adopter des hypothèses prudentes. Une prévision trop optimiste peut entraîner des déséquilibres considérables et difficiles à corriger. À l’inverse, si la réalité est meilleure qu’anticipé, il est toujours possible d’améliorer les pensions ou de baisser les cotisations. En la matière, pécher par excès de prudence est beaucoup plus facile à corriger que pécher par excès d’optimisme.
Le COR reste également prudent sur les gains de productivité futurs. Est-ce justifié ?
Oui. Le rapport maintient inchangé son scénario central de productivité. Certains gourous de la Silicon Valley estiment que l’intelligence artificielle pourrait provoquer un choc de productivité majeur dans les prochaines années. C’est une possibilité, mais à ce stade, rien ne permet de l’affirmer. Si ces gains se matérialisent, ils allégeront considérablement la contrainte financière pesant sur les retraites. La vérité, c’est que nous n’avons aucune certitude sur l’évolution de la productivité dans les prochaines décennies. La moins mauvaise hypothèse est donc, comme le fait le COR, de prolonger les tendances constatées sur les vingt dernières années.
Des syndicats estiment que le problème des retraites vient davantage des recettes que des dépenses. Partagez-vous ce constat ?
Comptablement, oui. Les dépenses apparaissent relativement stabilisées à long terme en proportion du PIB Produit Intérieur Brut . En revanche, la dynamique des ressources est moins favorable.
L’une des explications tient au rôle de l’État. À mesure que les régimes spéciaux disparaissent et que le nombre de fonctionnaires retraités baisse, sa contribution financière devrait mécaniquement diminuer.
Mais la véritable nouveauté du rapport est ailleurs. Pour la première fois, le COR souligne explicitement les limites du cadre comptable actuellement utilisé. Celui-ci considère comme équilibrés, par construction, certains régimes financés directement par l’État, notamment celui de la fonction publique d’État et de certains régimes qui bénéficient de subventions d’équilibre qui masquent leur besoin de financement.
« Le cadre comptable retenu pour les projections, conforme à la législation en vigueur, permet de mettre en évidence les besoins de financement des régimes ne bénéficiant pas de subventions d’équilibre. En revanche, par construction, il ne fournit aucune information sur le solde des régimes dont l’équilibre financier est assuré par l’État (lesquels représentent près d’un quart des dépenses du système de retraite), notamment celui de la fonction publique de l’État. »
C’est un point essentiel car le gouvernement et la Cour des comptes envisagent actuellement de faire évoluer cette présentation comptable. Si cela se produit, le déficit affiché du système de retraite pourrait apparaître nettement plus élevé de plusieurs dizaines de milliards d’euros que celui présenté aujourd’hui. On aboutirait alors dès aujourd’hui à un déficit des retraites non pas à hauteur des quelque 6 milliards d’euros évoqués (une goutte d’eau dans les 152,5 milliards de déficit public global) mais plutôt de l’ordre de 50 milliards d’euros, voire davantage. C’est donc tout sauf une correction anecdotique et cela pourrait contribuer à faire prendre davantage conscience de la gravité de la situation dans l’opinion publique.
Le rapport évoque la possibilité d’un relèvement progressif de l’âge de départ. Faut-il y voir une recommandation ?
« Dans le scénario de référence, l’équilibre structurel annuel du système de retraite jusqu’en 2070 pourrait être assuré par le seul levier de l’âge de départ à la retraite. Cela impliquerait de porter l’âge moyen de départ à 64,2 ans en 2030, 65,6 ans en 2045 et 67,6 ans en 2070. »
Non. Le COR ne formule pas de recommandations politiques ; il présente des scénarios.
Il rappelle simplement qu’un report progressif de l’âge moyen de départ constitue le levier qui permettrait de rétablir l’équilibre financier du système tout en limitant l’impact sur l’activité économique et la croissance.
Cette observation figurait déjà dans le rapport précédent. Mais il faut souligner qu’il est question de l’âge effectif de départ et non de l’âge légal. La distinction est importante. Aujourd’hui déjà, près d’un Français sur deux (45 %) liquide sa retraite après l’âge légal, soit parce qu’il lui manque des trimestres, soit parce qu’il souhaite bénéficier d’une surcote, soit tout simplement parce qu’il choisit de poursuivre son activité. Le débat porte donc moins sur le seuil légal que sur les comportements réels de départ à la retraite. Si par exemple vous fixez un âge légal à 67 ans, mais que les dérogations sont tellement nombreuses qu’en réalité les départs auront lieu en moyenne à 64 ans, vous n’aurez certainement pas réglé le problème.
Bertrand Martinot
Économiste - Senior Fellow @ Institut Montaigne
Ouvrages parus :
• Le travail est la solution (avec Franck Morel, Hermann, 2025)
• Un autre droit du travail est possible (en collaboration avec Franck Morel, Fayard, 2016)
• Pour en finir avec le chômage (Fayard, coll Pluriel, 2015)
• Chômage : inverser la courbe (Les Belles Lettres, 2013)
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Parcours
Économiste - Senior Fellow
Directeur du conseil en formation et développement des compétences
Directeur général adjoint des services, développement économique, de l’emploi et de la formation
Contrôleur général économique et financier
Directeur général
Conseiller social du Président de la République
Chef de service
Conseiller technique emploi, travail, comptes sociaux auprès des ministres de l’Économie et du Budget
Chef du bureau de l’emploi et du marché du travail
Expert national détaché
Adjoint de chef de bureau - économiste
Établissement & diplôme
Économie, droit, finances, administration générale
DEA, Démographie économique
Droit et économie
Licence de sciences physiques, Mathématiques - physique, Licence de physique
Fiche n° 25373, créée le 04/09/2017 à 12:31 - MàJ le 05/06/2026 à 16:13
Conseil d’orientation des retraites (COR)
• Instance indépendante et pluraliste d’expertise, directement rattachée au Premier ministre
• Création : 2000
• Mission : suivre et analyser les perspectives à moyen et long terme du système de retraite français.
• Composition : parlementaires, représentants des organisations professionnelles et syndicales, retraités, membres de l’administration et experts du système de retraites.
• Fonctionnement : le COR se réunit en formation plénière tous les mois, sur la base d’un dossier thématique. Chaque réunion plénière est préparée une semaine avant au sein d’un groupe de travail auquel participent, outre des membres du Conseil ou leurs représentants, les administrations concernées, le réseau des caisses de retraite et des experts.
• Président : Gilbert Cette (depuis novembre 2023)
• Contact : secrétariat général
Catégorie : Etat
Adresse du siège
113, rue de Grenelle75007 Paris France
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Fiche n° 6833, créée le 26/03/2018 à 12:54 - MàJ le 11/06/2026 à 17:57

