Orange France : « Nous scrutons le projet de réorganisation » (Sébastien Crozier, CFE-CGC Orange)

News Tank RH - Paris - Interview n°428430 - Publié le
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©  ag.photographies@orange.fr
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« Christel Heydemann, directrice générale d’Orange, devrait présenter au personnel un projet industriel stratégique le 19/02/2026. Ils veulent une ambition pour retrouver le chemin de la croissance, pour continuer à faire de notre entreprise un acteur essentiel de notre pays », déclare Sébastien Crozier Président d’honneur @ ADEAS Orange • Président @ CFE-CGC Orange
, président CFE-CGC Confédération française de l’encadrement - Confédération générale des cadres Orange, à News Tank le 29/01/2026.

« L’application du projet de réorganisation d’Orange France - REGAIN, présentée par la direction, conduit à centralisation des centres de décision de tous les métiers sur Paris. Une évolution qui se fait au détriment des sièges régionaux avec la disparition des cinq états-majors dans les grandes villes. »

À propos de la reprise partielle potentielle de SFR : « Orange pourrait reprendre une partie de l’activité B2C business to consumer et quelques actifs. Avec le transfert de personnels entre SFR et Orange attendu, nous alertons sur des risques de sureffectifs. »

Au sujet du suivi du plan de départs volontaires d’Orange Business Services : « Lancé en 2023, la direction d’OBS a initialement proposé 649 départs, non pas pour supprimer les postes mais simplement pour les délocaliser à l’Île Maurice. Le premier PDV Plan de départ volontaire a été retiré par la direction à la veille de son rejet par la Drieets. Elle a dû revoir sa copie. À date, seulement 25 % des départs prévus se sont effectués, dont près de 50 % correspondent à des départs en retraite plus tôt que prévu. »

À propos de l’insécurité sur le site de Saint-Mauron à Marseille : « Face à la violence, il faut toujours libérer la parole. C’est la première façon de lutter pour trouver des solutions. Nous demandons désormais un déménagement pour les salariés du tertiaire de Saint-Mauron sur un autre site ainsi qu’un véritable plan d’insertion pour développer l’emploi au niveau local. »


Projet stratégique

« Christel Heydemann Directrice générale @ Orange • Présidente @ Gimélec (Groupement d’entreprises de la filière électronumérique française, syndicat professionnel) • CEO & Executive VP France Operations @ Schneider… , directrice générale d’Orange • SA (Orange SA)• Création : groupe issu du ministère des Postes, Télégraphes et Téléphone (PTT)- 1991 : adoption du nom France Télécom- 31/12/1996 : transformation en société anonyme… , devrait présenter au personnel un projet industriel stratégique le 19/02/2026.

Les personnels attendent plus que des objectifs financiers sur nos métiers (opérateur et gestionnaire d’infrastructures télécoms, services numériques aux professionnels dont la cybersécurité, B2C…). Ils veulent une ambition pour retrouver le chemin de la croissance et pour continuer à faire de notre entreprise un acteur essentiel de notre pays. Tout ce qui apparaîtra comme un énième plan d’économie, où délocalisation et sous-traitance seront les maîtres-mots provoquera leur désengagement et le déclin de notre entreprise.

En même temps, notre actionnaire de référence l’État (APE, Bpifrance, CDC Caisse des Dépôts ), qui dispose de la quasi-majorité des droits de votes, est incapable de donner une ligne stratégique claire à la filière des télécoms et des services numériques. »


Projet de réorganisation d’Orange France

« Nous suivons avec attention l’application du projet de réorganisation d’Orange France - REGAIN (acronyme de “REorganisation et GAIN de simplification”) présentée par la direction. Il conduit à centralisation des centres de décision de tous les métiers sur Paris. Une évolution qui se fait au détriment des sièges régionaux avec la disparition des cinq états-majors dans les grandes villes.

La logique de pilotage par filières métiers peut se comprendre sur certains aspects comme avec l’unification du réseau de distribution pour sortir de la situation chaotique actuelle du double réseau :

  • Orange Store piloté au niveau national,
  • des boutiques Orange pilotées au niveau régional avec des animateurs de réseaux locaux “communs”.

Des centres d’appels localisés en région représentent une couverture légitime compte tenu de la capillarité de nos réseaux fixes et mobiles. La centralisation du pilotage à Arcueil vise à une gestion des flux globale pour accélérer la délocalisation de ceux-ci. Une situation que nous dénonçons depuis l’attribution des licences 4G par l’Arcep Autorité de régulation des communications électroniques et des postes qui n’impose pas la localisation de nos emplois et de nos données télécoms en France ou en Europe (soient 25 000 emplois perdus).

Deux visions s’opposent : la proximité que défend la CFE-CGC Orange au regard du statut d’opérateur essentiel d’Orange face à la logique de concentration poussée à travers le projet REGAIN intégrant un volet de 200 suppressions nettes de postes au nom de la réduction des coûts.

Cette réorganisation d’ampleur touche directement 20 000 salariés dont 1 400 modifications substantielles de contrat de travail. À terme, les répercussions se feront ressentir sur l’activité des 70 000 salariés du groupe Orange en France.

La CFE-CGC Orange considère qu’il s’agit d’un PSE Plan de sauvegarde de l’emploi qui nécessite l’ouverture de négociation, dispositif plus protecteur pour les personnels concernés. Seule la CFE-CGC Orange, organisation majoritaire, défend des négociations nationales encadrées par l’administration. Le débat est vif entre les syndicats et la direction du groupe à ce sujet. Il s’agit de la carrière et de la santé des personnels.

Quant à la simplification, il est permis d’en rire. En quatre ans, la nouvelle direction n’a procédé à aucune simplification des processus ou des modes de fonctionnement dans l’entreprise. Tout n’a été qu’accroissement de la complexité et multiplication de nouvelles contraintes. Sans doute en raison d’une faible maîtrise de nos métiers. »


Suivi de la reprise potentielle d’une partie des actifs de SFR

« Le consortium composé des trois opérateurs (Bouygues Telecom, Free-Groupe Iliad et Orange) a confirmé, le 23/01/2026, la poursuite de discussions avec le Groupe Altice en vue de l’acquisition potentielle d’une grande partie des activités de télécommunications du groupe Altice en France. Orange pourrait reprendre une partie de l’activité B2C et quelques actifs.

Avec le transfert de personnels entre SFR et Orange attendu, nous alertons sur des risques de sureffectifs. Nous avons saisi l’Arcep Autorité de régulation des communications électroniques et des postes et les ministres successifs pour demander que la réallocation de fréquences hertziennes attribuées à SFR soit conditionnée par des obligations de localisation des emplois et des données télécoms en France. Si ce n’est pas le cas, nous saisirons le Conseil d’État pour le forcer. Nous mobiliserons les parlementaires pour qu’ils légifèrent enfin.

Les autorités publiques doivent protéger l’emploi dans le secteur des télécoms. La question de souveraineté et de protection des données doit être posée complètement puisque le ministre en charge des télécommunications au début de l’opération a indiqué que SFR relevait des actifs stratégiques de notre pays.

Avec la découpe en tranche de SFR, les organisations syndicales s’attendent à 6000 à 8000 suppressions de postes non seulement chez SFR (avec la disparition a minima de la moitié du réseau de distribution) mais aussi chez les repreneurs qui auront des personnels en doublon : fonctions supports de SFR (RH, finance…), marketing, SI Système d’information , pilotage réseaux, etc. Le personnel peu concerné sera celui qui s’occupe des infrastructures locales ou du marché entreprise. »


Suivi du plan de départs volontaires d’Orange Business Services

  • « Lancé en 2023, la direction d’OBS [renommé Orange Business] a initialement proposé 649 départs, non pas pour supprimer les postes mais simplement pour les délocaliser à l’île Maurice. Ce qui ramène à mes propos précédents. Le premier PDV a été retiré par la direction à la veille de son rejet par la Drieets Direction régionale interdépartementale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités . Elle a dû revoir sa copie.
  • À date, seulement 25 % des départs prévus se sont effectués, dont près de 50 % correspondent à des départs en retraite plus tôt que prévu. Grâce à la mobilisation de la CFE-CGC Orange pour laisser le temps au personnel, ils ont très majoritairement des salariés ont trouvé des solutions de mobilité interne par eux-mêmes avant le déclenchement réel du plan. La direction a accompagné quelques dizaines de personnes restant sans emploi.
  • Ce plan a aussi été potentiellement le déclencheur de trois suicides. Un quatrième cas est en débat. C’est évidemment un immense choc pour les personnels d’Orange. Désormais, nous laissons la justice trancher. Ces situations de stress intense pour les salariés réactivent des phénomènes qui interpellent et génèrent des crises analogues à celles observées il y a 15 ans à l’époque de France Telecom. »

Insécurité sur le site de Saint-Mauron à Marseille

  • « Saint-Mauron est un quartier pauvre de Marseille, en proie à l’insécurité et à la violence du narcotrafic. Il accueille le site Massilia d’Orange avec des locaux techniques essentiels et stratégiques inamovibles. Avec les avancées technologiques réduisant la taille des équipements, une partie des locaux techniques a été transformée en espaces physiques pour développer des activités tertiaires.
  • Dans la stratégie immobilière du groupe, Orange disposait d’un autre grand site à Marseille (Nédelec, près de la Gare Saint-Charles), qui a été partiellement reconstruit et fait l’objet d’une opération immobilière de revente en 2022. Le secrétariat général du groupe, en charge de l’immobilier, a fait le choix délibéré (contre l’avis et malgré les alertes de la CFE-CGC dès 2021) du site Saint-Mauron. L’activité du site est déconnectée du quartier et la direction parisienne s’est refusée à engager les moyens financiers pour y pratiquer une politique d’intégration sociale qui aurait passé par un recrutement privilégié d’habitants du quartier.
  • Entre fin décembre 2025 et début janvier 2026, des tirs à balles réelles ont traversé les vitres des locaux de Saint-Mauront (rez-de-chaussée et deuxième étage). Face à la violence, il faut toujours libérer la parole. C’est la première façon de lutter pour trouver des solutions.
  • Nous demandons désormais un déménagement pour les salariés du tertiaire de Saint-Mauron sur un autre site ainsi qu’un véritable plan d’insertion pour développer l’emploi au niveau local, ce qui renvoie une nouvelle fois à nos demandes de localisation de l’emploi en France.
  • Le dispositif de télétravail Le télétravail permet au salarié de travailler hors des locaux de l’entreprise, en utilisant des outils technologiques. mis en place pour les deux tiers du personnel n’est qu’une solution temporaire, un petit tiers est relocalisé sur les sites déjà existants à Marseille, qui est une ville importante pour Orange en matière d’emploi. Une partie des collaborateurs utilisent le showroom d’Orange Vélodrome dédié au marché d’entreprise. Nous attendons du secrétariat général en charge de l’immobilier, que nous tenons responsable de ce naufrage, au nom de la réduction des coûts, qu’il indique les dispositions qu’il compte prendre. »

Transformation et évolution des compétences

  • « À l’exception d’Orange Cyberdéfense, nous rencontrons dans le groupe un déficit majeur de formation de haut niveau autour des nouveaux métiers alors que les vrais enjeux sont l’IA Intelligence artificielle et l’exploitation des données.
  • Il n’existe pas non plus de programme de rétention des personnels essentiels. Au contraire, le groupe privilégie la voie du temps partiel senior en vue, un PDV avec critère d’âge, plutôt que des hausses de salaires attribuées aux personnes disposant de compétences rares. C’est le cas des techniciens spécialisés dans les réseaux fixes télécoms en cuivre.
  • Une compétence dont on a besoin dans un contexte de décommissionnement au profit d’un déploiement intégral de la fibre optique sur le territoire national d’ici 2030. La direction a fait le choix de recourir à la sous-traitance par souci d’économie dans une logique court terme. Nous en paierons le prix dans les 20 prochaines années. »

Climat social

« L’enquête triennale menée par le Comité national de prévention du stress (comité paritaire) révèle des résultats 2025 très alarmants sur les risques psychosociaux.

Les 32 000 salariés répondants alertent sur leur surcharge de travail, l’insécurité pour leur emploi liée à l’empilement des réorganisations, la perte de sens et l’incompréhension des orientations stratégiques de la direction générale. D’ailleurs, les accidents du travail ont bondi de 22 %.

Il existe un malaise fort autour de l’édition 2026 du sondage Voice Up initié par la DRH groupe pour “mesurer” la température du climat social au sein de l’entreprise : l’indexation des parts variables managériales au taux de réponses positives des collaborateurs interrogés sur le climat social.

Peut-on avoir des managers qui expliquent à leurs collaborateurs qu’il faut voter de manière positive améliorer leur part variable ? Quelle crédibilité d’un tel “contre-baromètre” dans ces conditions ?

Les organisations syndicales s’accordent sur la nécessité de retirer ce critère dans le calcul de la part variable managériale et de ne pas tenir compte du résultat sur le climat social publié par la DRH. »

Sébastien Crozier


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Parcours

ADEAS Orange
Président d’honneur
CFE-CGC Orange
Président
Orange
En charge du mécénat pour le G7 et le Pavillon Français de l’Exposition Universelle Dubaï 2020
Orange
Co-gérant d’ATADist, filiale de distribution
Orange
Directeur Orange Horizons

Établissement & diplôme

ESIEE
Diplômé

Fiche n° 35176, créée le 06/05/2019 à 16:47 - MàJ le 29/01/2026 à 17:52

Orange

• SA (Orange SA)
Création : groupe issu du ministère des Postes, Télégraphes et Téléphone (PTT)
- 1991 : adoption du nom France Télécom
- 31/12/1996 : transformation en société anonyme
- octobre 1997 : introduction à la Bourse de Paris
- 2013 : changement de nom en Orange (à la suite du rachat de l’opérateur britannique Orange par France Télécom intervenu en 2000)
• Missions : opérateur de télécommunications et de services numériques (26 pays couverts) avec deux modèles d’affaires :
- construire, déployer et mutualiser les infrastructures du numérique
- commercialiser des services de connectivité et des services financiers, IT et de cybersécurité
Chiffre d’affaires :
- 2025 :
40,4 Md€
- 2024 : 40,3 Md€
Effectif (2025) : 124 000 salariés, dont 68 000 en France
Clients (2025) : 310 millions (270 millions de clients mobile et 23 millions de clients haut débit fixe)
Président du conseil d’administration : Frédéric Sanchez
• Directrice générale  : Christel Heydemann
Executive vice president in charge of human resources  : Vincent Lecerf
Contact  : Flaminia Le Maignan, service de presse Orange
Tél. : 06 60 84 71 96


Catégorie : Grandes Entreprises Privées


Adresse du siège


111, quai du Président Roosevelt
92130 Issy-les-Moulineaux France


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Fiche n° 5292, créée le 13/07/2017 à 19:09 - MàJ le 27/05/2026 à 11:50

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