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Conjoncture économique : « Un marché de l’emploi en ralentissement » (Aya Bensaïd, Groupe Alpha)

News Tank RH - Paris - Interview n°437763 - Publié le
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« Plusieurs indicateurs du marché du travail se dégradent en 2025, qu’il s’agisse du chômage ou des créations d’emplois. Toutefois, cette évolution correspond davantage à une phase de ralentissement qu’à une véritable dégradation, après un marché du travail particulièrement dynamique post-covid », déclare Aya Bensaïd Chargée d’études économiques @ Groupe Alpha
, chargée d’études économiques au Centre Études & Data du Groupe Alpha, à l’occasion de publication de la note de conjoncture en avril 2026 par le Centre Études & Data du Groupe Alpha, à News Tank le 22/04/2026.

« Ce ralentissement s’explique principalement par des facteurs conjoncturels. La croissance économique s’établit à 0,9 % en 2025, contre environ 1,1 % en 2024. À cela s’ajoutent les incertitudes géopolitiques, notamment liées au retour de Donald Trump aux États-Unis et à la politique protectionniste américaine, ainsi que les incertitudes politiques en France autour de l’adoption du budget. Ce contexte a réduit la visibilité des entreprises, qui ont reporté certains investissements et adopté une attitude prudente en matière de recrutement. »


Dans un contexte de ralentissement économique et d’incertitude géopolitique, quelles évolutions du marché du travail les entreprises doivent-elles anticiper en 2026 ?

Plusieurs indicateurs du marché du travail se dégradent en 2025, qu’il s’agisse du chômage ou des créations d’emplois. Toutefois, cette évolution correspond davantage à une phase de ralentissement qu’à une véritable dégradation, après un marché du travail particulièrement dynamique post-covid.

Ce ralentissement s’explique principalement par des facteurs conjoncturels

Le taux de chômage augmente légèrement pour atteindre 7,9 % en 2025, mais il reste à un niveau modéré, nettement inférieur aux niveaux observés entre 2009 et 2019, dépassant les 10 %.

Ce ralentissement s’explique principalement par des facteurs conjoncturels. La croissance économique s’établit à 0,9 % en 2025, contre environ 1,1 % en 2024. À cela s’ajoutent les incertitudes géopolitiques, notamment liées au retour de Donald Trump aux États-Unis et à la politique protectionniste américaine, ainsi que les incertitudes politiques en France autour de l’adoption du budget. Ce contexte a réduit la visibilité des entreprises, qui ont reporté certains investissements et adopté une attitude prudente en matière de recrutement.

La hausse du chômage s’explique également par l’augmentation de la population active. Celle-ci résulte de la réforme des retraites, qui maintient davantage de seniors sur le marché du travail, ainsi que de la loi sur le plein-emploi adoptée début 2025, qui entraîne l’inscription automatique des bénéficiaires du RSA Revenu de solidarité active à France Travail. Dans un contexte de ralentissement des créations d’emplois, cet effet mécanique contribue à la hausse du chômage.

Pour 2026, les perspectives restent orientées vers un marché de l’emploi moins dynamique, avec un taux de chômage attendu à 8,1 % selon l’Insee Institut national de la statistique et des études économiques . Cette évolution s’inscrit dans la continuité des tendances observées, renforcées par le ralentissement de la croissance, récemment accentué par le conflit au Moyen-Orient. L’incertitude persistante devrait conduire les entreprises à maintenir une attitude prudente, limitant leurs investissements et leurs besoins en main-d’œuvre.

Comment expliquer le décalage entre amélioration du pouvoir d’achat et faiblesse persistante de la consommation des ménages ?

Entre 2021 et la mi-2024, le pouvoir d’achat a fortement reculé sous l’effet de l’inflation. Depuis la mi-2024, une phase de rattrapage s’est engagée, les augmentations salariales devenant légèrement supérieures à l’inflation. Toutefois, ce rattrapage reste incomplet, en raison du décalage des négociations salariales, et son rythme ralentit.

Le niveau des prix demeure élevé et continue de peser sur les ménages

Selon une étude du Groupe Alpha • Groupe de conseil et d’expertise• Création : 1983• Missions : - accompagnement des représentants du personnel et des organisations syndicales (SECAFI),- conseil en organisation du travail et QVT… sur les négociations annuelles obligatoires, la hausse moyenne des salaires négociés s’établit à 1,7 % pour 2026, contre 2,2 % pour 2025 et 3,5 % pour 2024. Cette progression plus modérée reflète en partie une normalisation de la situation économique et le ralentissement de l’inflation.

Cependant, ces augmentations ont été négociées sur la base d’une inflation anticipée à 1,3 % pour 2026. Or, celle-ci atteint déjà 1,7 % en mars, et les prévisions gouvernementales la situent à 1,9 % sur l’année. Dans ce contexte, le pouvoir d’achat pourrait de nouveau se dégrader en 2026, malgré le reflux de l’inflation depuis son pic de 2022.

Par ailleurs, le niveau des prix demeure élevé et continue de peser sur les ménages. Une part importante de leur budget est absorbée par les dépenses contraintes, notamment l’énergie, dont les prix restent élevés, mais aussi le logement et les assurances, ce qui réduit la part disponible pour la consommation.

À cela s’ajoute un climat d’incertitude. Les anticipations liées à l’évolution de l’inflation ou du chômage incitent les ménages à adopter des comportements de précaution, en privilégiant l’épargne. Cette tendance est renforcée par des taux d’intérêt encore relativement élevés, qui rendent l’épargne plus attractive et le recours au crédit à la consommation plus coûteux.

Ainsi, malgré une amélioration partielle du pouvoir d’achat, la consommation reste contenue, en raison d’un rattrapage incomplet, d’un niveau de prix toujours élevé et d’un contexte incertain.

Quels sont les principaux freins actuels à l’investissement des entreprises, malgré une légère reprise observée fin 2025 ?

L’investissement des entreprises a connu une légère reprise à la fin de l’année 2025, dans un contexte d’assouplissement monétaire engagé à partir de l’été 2024, qui a contribué à réduire progressivement le coût du crédit. L’atténuation des incertitudes politiques liées à l’adoption du budget a également permis aux entreprises de retrouver une certaine visibilité.

Malgré leur baisse récente, les taux d’intérêt restent élevés par rapport à leur niveau d’avant-crise

Cette reprise demeure toutefois limitée. L’environnement reste marqué par des inquiétudes certaines, accentuées par les tensions au Moyen-Orient, qui pèsent sur les prix de l’énergie et les conditions d’approvisionnement. Ce manque de visibilité incite les entreprises à différer leurs décisions d’investissement.

En outre, malgré leur baisse récente, les taux d’intérêt restent élevés par rapport à leur niveau d’avant-crise, où ils étaient proches de 0 %. Les taux directeurs se situent désormais autour de 2 % à 2,2 %, ce qui maintient un coût du crédit significatif.

La faiblesse de la consommation constitue un autre frein, en limitant les débouchés et les perspectives de développement. À cela s’ajoutent des contraintes fiscales accrues, notamment avec le budget 2026, qui renforce la fiscalité pesant sur les entreprises.

Enfin, la hausse des coûts de production et le ralentissement de l’activité réduisent les marges, ce qui limite leur capacité d’autofinancement.

En quoi la remontée des prix de l’énergie liée au conflit au Moyen-Orient peut-elle affecter concrètement les entreprises et l’emploi ?

La hausse des prix de l’énergie affecte les entreprises en premier lieu par une augmentation de leurs coûts de production, en particulier dans les secteurs énergivores comme l’industrie, le transport, l’agroalimentaire ou l’agriculture. Cette évolution réduit leurs marges et fragilise leur situation financière.

Dans ce contexte, les entreprises envisagent d’ajuster davantage leurs prix de vente

Certaines entreprises commencent à répercuter ces hausses sur leurs prix de vente, contribuant à alimenter l’inflation. Une enquête récente de la Banque de France sur l’activité en mars 2026 montre que, pour l’instant, les entreprises parviennent encore à absorber ces effets, l’activité ayant relativement bien résisté. Toutefois, une dégradation est anticipée à partir d’avril 2026, en raison du renchérissement des coûts de production.

Dans ce contexte, les entreprises envisagent d’ajuster davantage leurs prix de vente. Le ralentissement de l’activité qui en découle pourrait se traduire par une réduction des recrutements et des besoins en main-d’œuvre à court et moyen terme.

La hausse des prix de l’énergie peut également nourrir l’inflation, peser sur la consommation et enclencher un enchaînement défavorable : modération de la demande, pouvant se traduire par un ralentissement des ventes et de l’activité.

Enfin, si le conflit devait s’inscrire dans la durée et relancer durablement l’inflation, les banques centrales pourraient durcir leur politique monétaire. Cela entraînerait une hausse des taux d’intérêt, renchérissant le coût du crédit et pesant sur l’investissement. Ce scénario reste à ce stade un risque.

Face à la dégradation des marges et au durcissement fiscal, quelles fragilités structurelles des entreprises françaises ressortent le plus fortement ?

Au-delà des difficultés conjoncturelles, et dans le contexte économique actuel, deux fragilités structurelles ressortent principalement et pèsent sur la compétitivité des entreprises françaises :

  • D’une part, les coûts de production, en particulier énergétiques, constituent une contrainte majeure, dans un contexte de forte dépendance aux importations d’énergie, contrairement à certains pays disposant de ressources domestiques.
  • D’autre part, le niveau d’investissement dans les technologies est insuffisant, notamment par rapport aux États-Unis ou à la Chine, où les entreprises investissent massivement dans l’innovation et l’intelligence artificielle. Ce déficit freine la productivité, la modernisation et, plus largement, la compétitivité des entreprises françaises.

Aya Bensaïd


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Parcours

Groupe Alpha
Chargée d’études économiques
Direction Générale du Trésor
Regional Economic and financial Analyst - Southern Cone | Embassy of France in Argentina
Groupe Crédit Agricole
Junior Economist - Subsaharan Africa
Agence française de développement (AFD)
Project Support Officer - Climate change | AFD Agency in Türkiye
Direction Générale du Trésor
Economic Analyst - Turkey and South Caucasus | Embassy of France in Türkiye

Établissement & diplôme

Université Paris Dauphine
Master’s degree, Diagnostic Economique International
Universidad Carlos III de Madrid
Bachelor’s degree, Economics
Aix-Marseille Université (AMU)
Bachelor’s degree, Economics

Fiche n° 56309, créée le 22/04/2026 à 10:29 - MàJ le 22/04/2026 à 10:58

Groupe Alpha

Groupe de conseil et d’expertise
Création : 1983
Missions :
- accompagnement des représentants du personnel et des organisations syndicales (SECAFI),
- conseil en organisation du travail et QVT (SEMAPHORES),
- conseil en management (TH CONSEIL),
- conseil en expertise comptable (GVA),
- accompagnement et études auprès des organismes de formation, des branches professionnelles, des Opco et des entreprises (LAFAYETTE).
• CA : 102 M€ (2023)
• Effectifs : 900 personnes
• Fondateur : Pierre Ferracci
Présidente : Estelle Sauvat (depuis le 19/06/2025)
Secrétaire général  : Thierry Hubert
DRH : Frédéric Clinckemaillie
Contact : Caroline Olivier, responsable communication, relations presse et réseaux sociaux
• Tél. : 01 53 62 70 00 / 06 74 29 69 61


Catégorie : Etudes / Conseils


Adresse du siège


Groupe Alpha
20-24 rue Martin Bernard
75013 Paris France


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Fiche n° 5893, créée le 05/10/2017 à 05:27 - MàJ le 20/05/2026 à 14:45


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